En 2000, le Brésil a commémoré son Cinquième Centenaire. Ce fût exactement le 22 avril 1500, que le navigateur portugais Pedro Álvares Cabral arriva aux côtes de la nouvelle terre, appelée plus tard Brésil, à cause de son bois natif qui servait à peindre les tissus et qui avait une couleur rougeâtre, comme celle de la braise (brasa en Portugais).
Pendant 322 ans, c'est-à-dire, jusqu'à 1822, quand il est devenu un pays indépendant, le Brésil a été colonisé par les Portugais, ce qui explique pourquoi nous parlons la langue Portugaise - et pas l'Espagnol - et surtout pourquoi on a une certaine spécificité culturelle, vis-à-vis de nos voisins de l'Hispano-Amérique. Avec une dimension continentale, plus vaste que la réunion de tous les pays de l'Europe occidentale, les premiers habitants du pays se sont concentrés surtout au long des 8 mille kilomètres de la Côte Atlantique. C'est précisément dans la région Nord-est qu'on voit, à côté des grandes plantations de canne à sucre, les premières manifestations culturelles du pays, comme le baroque des églises de Bahia, et la création des poètes du XVII-ème siècle qu'y habitaient, notamment le grand Gregório de Matos (1636-1696).
Mais, au début du XVII-ème siècle, la découverte de l'or plus au sud, à l'État de Minas Gerais ("Mines Générales"), a provoqué le déplacement de l'axe politique, économique et culturel de la Colonie vers la région Sud-est. En 1763, la Capital se transfert de Bahia à Rio de Janeiro. L'or, en quantités ahurissantes, a apporté une grande richesse au Portugal (et, à travers lui, à l'Angleterre et à sa débutante Révolution Industrielle) en même temps que, dans la Colonie, il a entraîné la création des nouvelles villes et stimulé l'épanouissement des arts (la sculpture, la peinture, l'architecture et surtout la poésie et la musique), ainsi que la circulation de nouvelles idées politiques, puisant dans la Révolution Américaine et, un peu plus tard, dans la Révolution Française. En ce qui concerne la musique, il faut dire d'abord que, jusqu'à ce moment là, elle avait un caractère nettement européen et était destinée surtout à la fonction religieuse. Les missionnaires jésuites et franciscains l'utilisaient comme un instrument pour catéchiser les indiens. Mais dans les églises de Vila Rica ( Ouro Preto) et dans d'autres villes de Minas Gerais, on écoutait une musique d'haute qualité, faite par les métis, et qui n'a été révélée au monde qu'à partir des années cinquante et soixante de ce siècle, grâce surtout aux recherches de M.Curt Lange , un musicologue allemand, passionné par les exploits de ce groupe de musiciens. Mais c'était surtout la Poésie qui va marquer d'une façon extraordinaire cette époque d'épanouissement des arts au Brésil, avec la présence d'une pléiade de poètes du plus haut niveau, réunis sous la dénomination de GRUPO MINEIRO, et dont les noms le plus remarquables sont ceux de Thomas Antonio Gonzaga (1744-1810) et Claudio Manuel da Costa (l729-1789). En 1807, avec l'invasion de la Péninsule Ibérique par Napoléon, la Cour Portugaise - avec le Prince Régent et 15 mille personnes qui la formaient- se transfert au Brésil, à la petite ville de Rio de Janeiro , qui devient tout d'un coup la Capital du Royaume. A partir de ce moment-là, le pays ne sera jamais le même. Avec la décision du Régent d'ouvrir les ports aux "nations amies", un grand essor économique, social, culturel, artistique et scientifique change bientôt - et complètement- la face de la Colonie. Tout d'un coup, d´après le récit d´un historien, ce territoire jalousement isolé par les Portugais est exposé au regard des autres Européens. Rio devient une ville ouverte. Naturalistes, géologues, commerçants, artistes, explorent ces contrées, demeurées presque aussi mystérieuses qu'au XVI-ème siècle. Les voyageurs étrangers rendent compte d'une société bien exotique a leurs yeux, et les savants vont répertorier les richesses inexplorées de la flore et de la faune brésiliennes. Des institutions comme le Jardin de Plantes à Rio , la première banque, des journaux, des théâtres, l'École de Musique , et une grande bibliothèque - ont été crées dans une très courte période de temps. Mais la répercussion de la présence royale se fait sentir surtout dans le terrain de la musique, avec l'activité féconde de compositeurs comme Marcos Portugal et spécialement comme le prêtre brésilien José Maurício Nunes Garcia - certainement le plus important musicien de toute la période coloniale. |
Moins de dix ans plus tard, c'était à lui de rentrer à son pays d'origine, en laissant au Brésil son fils de cinq ans, le futur Pedro II , qui va gouverner le pays pendant un démi-siècle, jusqu'à la Proclamation de la République, en 1889. Mais ce grand et authentique "melting-pot" racial, ethnique et culturel qui est le Brésil, ne sera reflété entièrement dans son art qu'avec le développement d'un mouvement nationaliste, commencé à mi-siècle, dans la musique, par Brasílio Itiberê (1846-1913), continué par Nepomuceno, Levi, Braga, et dont le zénith reste toujours avec Heitor Villa-Lobos (1887-1959). |
 Guimarães Rosa |
Ce mouvement, né dans le ventre da la Semaine d'Art Moderne de 1922, à São Paulo , pendant les commémorations du quatrième centenaire du Brésil, voulait établir la " libération culturelle " du pays vis-à-vis les modèles toujours importés de l'extérieur. C'était l'affirmation des valeurs nationaux, l'art avec la face du Brésil. C'est la naissance d'une nouvelle manière de regarder le pays et de le réfléchir - dans les tableaux des peintres, dans les verses des poètes, dans les récits des écrivains, dans la musique, dans l'architecture. C'est le temps d'un Villa-Lobos dans la musique, d'un Portinari dans la peinture, d'un Oscar Niemeyer dans l'architecture, d'un Jorge Amado et d'un Guimarães Rosa dans le roman. Et dans la poésie, c'est sont les noms de Carlos Drummond de Andrade, Murilo Mendes, Jorge de Lima, Manuel Bandeira, Cabral de Mello , parmi des dizaines d'autres, ceux qui représentent les grands moments de la création poétique brésilienne du XX-ème Siècle. |
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