Le Brésil/ La culture brésilienne
 
La littérature brésilienne
   
 
Par Qods Chabaa et Adriana MBA
             

Jusqu'au début du XX-ème siècle, la littérature brésilienne a été fortement influencée par les courants littéraires européens, dont les principaux ont eu des représentants fidèles au Brésil.

Style Baroque (1601-1768):

Les premiers écrivains brésiliens étaient des prêtres venus du Portugal lors de la colonisation. Installés à Bahia, le berceau littéraire du pays, ils étaient fascinés par cette terre nouvelle et ses habitants. Dans leurs écrits, ils décrivaient le mode de vie colonial et ses principaux événements, sous forme de chroniques ou de poèmes épiques.

             

Gregorio de Matos

 

Antonio Vieira (1608-1693) : Célèbre prêcheur jésuite dont l'ouvre Sermões est l'un des plus grands classiques de la langue portugaise. Dans son ouvre en 12 volumes, il plaide la cause des indigènes et s'élève contre le traitement inhumain des esclaves et les excès de leurs seigneurs.

Grégorio de Matos (1623-1693) : Il est connu par sa veine satirique illustrée dans ses poèmes imprégnés de lyrisme et de mysticisme, où il condamne avec violence les Portugais, qui arrivés au Brésil s'enrichissaient en exploitant les natifs.

       

L'Arcadie (1756-1825) :

Imprégnés de ce nouveaux courant né à Rome qui exaltait la vie pastorale et la beauté naturelle, les écrivains brésiliens de cette époque cherchaient dans leurs oeuvres la simplicité formelle. Tel était le cas de Basilio da Gama , Tomas Antonio Gonzaga et Claudio Manuel da Costa . Ces deux derniers ont constitué le fameux Grupo Mineiro (à Villa Rica, aujourd'hui Ouro Preto) avec d'autres excellents poètes, comme Alvarenga Peixoto, Silva Alvarenga et Barbara Heliodora.

   

Basilio da Gama

Basilio de Gama (1740-1795) : Auteur de l'Uruguay qui est le plus éminent poème épique de cette époque, où il évoque la guerre inutile menée par l'Espagne et le Portugal contre l'Uruguay. L'auteur y dépeint avec sympathie la vie et les moeurs des premiers habitants d'Amérique.

Antonio Gonzaga (1744-1810) : Son ouvre Cartas Chilenas , poème en décasyllabes, relate dans un langage direct les malversations d'un gouverneur, en utilisant des descriptions réalistes sur les techniques de colonisation portugaise. Mais son ouvre la plus importante et la plus connue s'appelle Marilia de Dirceu, où le poète déclare l'amour perpétuel à sa dame.

           

Le Romantisme (1836-1881) :

L'introduction du romantisme au Brésil est l'une des conséquences indirectes du transfert de la Cour Portugaise au Brésil, en 1808. Mais ce n'était qu'à partir de 1836, avec la publication de l'ouvre Suspiros Poéticos e Saudades, de Gonçalves de Magalhães, que le romantisme a été formellement introduit au Brésil. Le scénario politique du pays à l'époque a conduit ce mouvement, qui exaltait le goût du mystère et du fantastique, à un esprit fortement rénovateur, qui pousse la rupture des liens avec le Portugal. Ainsi, les écrivains brésiliens ont commencé à valoriser la liberté individuelle, le subjectivisme et à s'intéresser aux questions sociales. Après l'Indépendance, ils se sont intéressés au sort des indiens et des esclaves ainsi qu'aux activités urbaines.

José de Alencar (1829-1877) : C'est l'un des romanciers les plus importants de cette époque. Il a écrit plusieurs romans, dont le lyrique Iracema , qui raconte l'histoire d'une héroïne indigène. Cet auteur est considéré comme le maître du roman romantique. Il a également écrit plusieurs romans historiques et, surtout Le Guarani (1857) qui associe l'image romantique des Indiens à des descriptions de la nature ainsi qu'à des récits pittoresques sur la vie locale.

Parmi les plus grands poètes romantiques il faut mentionner :

- Gonçalves Dias (1823-1864)
- Alvares de Azevedo (1831-1852)
- Fagundes Varela (1841-1875)
- Castro Alves (1847-1871)

 

Le réalisme (1881-1902) :

Le réalisme était une riposte à la saturation du romantisme. C'est une tendance littéraire qui privilégie la représentation objective, non idéalisée de la nature et des Hommes. Son implantation au Brésil correspond à la première décennie de la République.

   
Joaquim Maria Machado de Assis (1839-1908) : Celui-ci est sans conteste le plus grand romancier du XIX-ème siècle, dont la renommée ne cesse de croître jusqu'à nos jours. Ses nombreux romans se distinguent par la finesse de l'analyse psychologique, qui parfois anticipe les découvertes de la psychanalyse. Il introduit le réalisme au Brésil avec son ouvre : Memorias Postumas de Braz Cubas (1881), où Bras Cubas, un défunt auteur, retrace l'histoire de sa vie depuis son enfance, en y faisant des profondes réflexions, ainsi que sur celle de son entourage, après avoir relaté sa mort et ses funérailles. Autres ouvres importantes : D. Casmurro , Quincas Borba , Helena , Memorial de Aires , etc.
           
       
Raul Pompéia (1863-1895) : Il écrivit son premier roman à l'âge de 15 ans : O Ateneu , une histoire narrée par le personnage principal: Sergio qui, adulte, retrace ses deux années vécues dans un internat. Il s'agit d'un microcosme servant de métaphore à la monarchie, où le Roi était représenté par le proviseur et la société en général par les élèves de l'école. C'est l'une des ouvres les plus lues de la littérature brésilienne.
       
             

Le naturalisme (1881-1902) :

Cette école littéraire qui est une ramification du réalisme, visait à reproduire la réalité avec une objectivité parfaite, dans tous ses aspects même les plus vulgaires. Tandis que le réalisme relate une réalité telle observée, le naturalisme lui, s'approfondit dans l'analyse du comportement humain en présentant l'hérédité et le milieu naturel en tant que facteur d'influence associé aux conditions sociales.

Aluzio de Azevedo ( 1857-1913): Sévère analyste et prosateur, il est considéré comme l'introducteur du naturalisme au Brésil. Son ouvrage O Mulato (1881), narre la tragédie d'un mulâtre tué afin de l'empêcher de se marier avec une femme blanche. Cette ouvre eut des répercussions immédiates en vertu de sa familiarité avec le public brésilien.

Herculano Marcos Inglês de Sousa (1853-1918) : Auteur de O Missionario , publié en 1888, décrivant les coutumes de la région amazonienne.


L'école Parnassienne (1881-1902) :

Cette école a été représentée au Brésil par la triade parnassienne, formée par les poètes Raimundo Correia , Alberto de Oliveira et Olavo Bilac . Ils écrivaient une poésie raffinée de grand rigueur formelle, où la personnalité du poète et l'intérêt envers les questions sociales n'apparaissaient plus. Par contre, cette poésie était souvent envahie, en particulier chez Olavo Bilac , d'un sensualisme tropical très marqué.

Le symbolisme (1893-1902) :


Les écrivains de ce mouvement visaient dans leurs oeuvres la musicalité et le subjectivisme. Ainsi, ils ont remplacé l'expression directe par le processus indirect utilisant l'association d'idées, de métaphores et de symboles; et en donnant libre cour à limaginaire et à la fantaisie, qui sont venus remplacer la logique parnasienne.

             

Cruz e Souza

     

Cruz e Souza (1861-1893) : Ecrivain noir dont la vie fut marquée par de fort préjugés de couleur. Dans son ouvre, Broquéis , il dénonce les vices et la méchanceté humaine.

Alphonsous de Guimaraes (1870-1921) : Connu par la musicalité et la subtilité de ses vers, le tout conjoint avec une atmosphère religieuse.

     
   

Le pré-modernisme ( 1902- 1921) :


Ce mouvement a marqué le début d'une littérature typiquement brésilienne, où l'on commençait à se détacher des courants littéraires européens. C'était une période de forte transition où cohabitaient deux courants : l'un conservateur ( nationalismo urfano ) et l'autre rénovateur (aussi nommé "nationalismo renovador ") . Les écrivains conservateurs restaient attachés aux mouvements antérieurs, c'est-à-dire à une littérature tournée vers l'esthétique perfectionniste, sans se soucier des aspects sociaux. Mais ils ont vite commencé à développer une littérature académique dont le contenu était exempt de critiques. Quant aux auteurs rénovateurs, ils adoptaient une littérature progressiste florissante basée sur l'incompréhension. Ils étaient souvent considérés comme des marginaux de lettres qui consacraient leurs ouvres aux problèmes sociaux, culturels et politiques du pays. Par conséquent, ils estimaient que la patrie était sous la responsabilité de la bourgeoisie.

Parmi les auteurs les plus importants de cette époque on peut mentionner Coelho Neto , Lima Barreto , Monteiro Lobato et, spécialement, Euclides da Cunha .

 

Euclides da Cunha

Euclides da Cunha (1866-1908) : Il représente ce qu'il y a de meilleur dans la description des réalités sociales. Son ouvre Os Sertões évoque une révolte dans le Nord-Est menée par un religieux. Cette ouvre publiée en 1902 devint l'un des classiques de la littérature brésilienne, à la fois dramatique et historique. Elle retrace le soulèvement de religieux hors du commun, dans le Nord-Est brésilien, et dépeint la géographie et même la géologie de ces territoires. L'auteur y a interprété comme personne la réalité nationale du tournant du XX-ème siècle.

   

Le modernisme (1922- 1980) :

Au XX-ème siècle, les artistes brésiliens ont été imprégnés par un état d'esprit novateur : le modernisme, mouvement littéraire brésilien né à Sao Paulo et qui cherche ses thèmes dans la nature et la culture nationale. Ce courant a provoqué une révolution artistique faisant appel aux sentiments de fierté pour le folklore, les artes populaires, l'histoire et le passé national. Dans une première phase, on peut distinguer les noms de :

Oswaldo de Andrade

Mario de Andrade (1893-1945) : Chef de file du modernisme, il fut le premier à utiliser la langue parlée dans ses écrits et à dédaigner les valeurs bourgeoises. Ses essais portaient sur la littérature, l'art, la musique et le folklore brésilien. Son ouvrage le plus célèbre fût Macunaima (1928) qui est une sorte de montage des événements de la vie de Macunaima, un jeune amérindien d'Amazonie qui part à São Paulo, à la recherche de son médaillon perdu. Dans cette ouvre, l'auteur dépeint la diversité de coutumes (langage, folklore, art.) existantes dans les diverses régions du Brésil.

Oswaldo de Andrade (1890-1953) : Il proposait une littérature authentiquement nationaliste, dans un langage simple et avec un humour caractéristique. Son ouvre Pau Brasil (1924) est une série de poèmes où il porte un jugement de valeur sur la culture brésilienne, les superstitions et la vie familiale.

             
Le Modernisme, né dans le ventre da la Semaine d'Art Moderne de 1922, à São Paulo, pendant les commémorations du quatrième centenaire du Brésil, voulait établir la " libertation culturelle " du pays vis-à-vis les modèles toujours importés de l'extérieur. C'était l'affirmation des valeurs nationaux, l'art avec la face du Brésil. C'est la naissance d'une nouvelle manière de regarder le pays et de le réfléchir - dans les tableaux des peintres, dans les verses des poètes, dans les récits des écrivains, dans la musique, dans l'architecture. C'est le temps d'un Villa-Lobos et d'un Camargo Guarnieri dans la musique, d'un Portinari dans la peinture, d'un Oscar Niemeyer dans l'architecture, d'un Jorge Amado , d'un Guimarães Rosa et d'une Clarice Lispector dans le roman. Et dans la poésie, c'est sont les noms de Carlos Drummond de Andrade , Murilo Mendes , Jorge de Lima , Manuel Bandeira , Cecília Meirelles , Cabral de Mello , parmi des dizaines d'autres, ceux qui réprésentent les grands moments de la création poétique brésiliènne du XX-ème Siècle.
             
     
Actuellement, on peut citer parmi les auteurs les plus importants du mouvement post-moderniste : Joao Ubaldo Ribeiro , Rubem Fonseca , Luis Fernando Verrissimo , Antonio José de Mauro , ainsi que les poètes Ferreira Gulart , Marly de Oliveira , Francisco Alvin et des dizaines d'autres, tous d'excellentes qualités littéraires.
Verrissimo